Découpage en blocs de compétences : un levier de développement

L’Université Claude Bernard Lyon 1 s’est lancée dans la modularisation de son offre de formation par blocs de compétences. « Notre objectif est double : améliorer la lisibilité de l’offre et favoriser l’insertion professionnelle », explique Amel CORNY, chargée du développement et de la modularisation.

Bonjour Amel et bienvenue sur le site « Objectif FTLV ». Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel, avant votre arrivée à l’Université Claude Bernard de Lyon 1 ?

Bonjour, mon parcours professionnel est empreint de la formation tout au long de la vie puisque j’ai démarré par un BTS communication des entreprises car j’étais intéressée par les stratégies de communication et je dois dire que cela m’est encore très utile aujourd’hui quels que soient les domaines d’activité pour lesquels j’ai travaillés !

Après 2 ans dans un journal hebdomadaire gratuit, j’ai effectué une reprise d’étude au CNAM sur deux ans pour obtenir une Maîtrise en Marketing Vente et Management car je sentais bien que si je souhaitais progresser professionnellement j’aurais besoin de la crédibilité d’un diplôme de niveau supérieur.

C’est ainsi qu’à l’issue de l’obtention de mon diplôme j’ai intégré le groupe TNT sur un projet pilote de l’entreprise en tant que conseillère commerciale nationale puis internationale. Pour démarrer nous étions alors une quinzaine de conseillers commerciaux. Le projet était intéressant et enrichissant car tout était à mettre en place. Travailler de manière collaborative et en synergie me permettait d’avancer plus vite et d’être plus efficace en partageant mes connaissances et mon savoir-faire avec les autres collaborateurs et inversement. C’est ce que nous appelions « la compétition positive » : progresser de manière efficiente en prenant appui les uns sur les autres. Dans un environnement commercial très compétitif, cela m’a permis de me démarquer en développant les aspects formations du métier de conseiller commercial.

Après deux ans, la progression de l’activité du projet pilote était telle que nous sommes passés progressivement à 130 commerciaux répartis sur toute la France. J’ai donc pu évoluer en intégrant le service support des ventes à la direction commerciale pour professionnaliser davantage le métier de conseiller commercial. Je travaillais à la réalisation des parcours d’intégration et au développement des compétences par la formation continue pour les salariés du groupe. Cette formation permettait également de gérer les contraintes de turn-over des conseillers commerciaux afin de conserver un niveau de compétences constant et ainsi, faciliter le développement de l’activité des ventes pour le groupe.

Après avoir développé durant cinq ans mes compétences dans le domaine de la formation, en prenant appui sur mon expertise métier, j’ai souhaité crédibiliser davantage mon parcours en entreprenant un Master 2 Sciences de l’éducation à l’Université Lyon 2. Cela m’a permis de prendre du recul sur mes activités au sein de l’entreprise TNT, de percevoir les actions d’améliorations et de favoriser le transfert de compétences pour de nouvelles missions, en m’appuyant plus seulement sur l’expertise métier mais davantage sur les méthodes d’approche.

J’ai alors intégré le groupe Atlantic durant 2 ans et demi pour accompagner les formateurs et responsables de centre dans le domaine du génie climatique. J’ai alors axé mon travail sur la méthodologie concernant l’ingénierie pédagogique et l’ingénierie de formation pour faciliter la transmission des savoirs des formateurs à destination de leur public, avec la prise de conscience du besoin d’un processus d’apprentissage. J’ai également travaillé sur l’évaluation à chaud, l’évaluation à froid et les formations internes pour le développement des compétences des salariés.

Ma dernière mission a consisté à la mise en place d’un réseau de partenaires/installateurs disposant des compétences nécessaires et reconnues pour intervenir auprès de la clientèle sur les produits et services du groupe. L’objectif était de garantir la compétence d’intervention pour le client. Il a donc été nécessaire de déterminer de quelle manière constituer ce réseau, ainsi que de définir les compétences nécessaires et à acquérir, et par quels moyens. Par ces projets, j’ai pu appréhender le fait de transposer mes compétences à d’autres domaines d’activité en m’appuyant sur les experts techniques et métier du domaine.

C’est ainsi que j’ai intégré par la suite l’Université Lyon 1 et l’opportunité de travailler avec des enseignants-chercheurs du domaine de la santé, des sciences de la technologie et du sport !

 

Vous avez rejoint l’Université Claude Bernard Lyon 1 en 2014. Pendant trois ans, vous avez accompagné les enseignants-chercheurs dans la réalisation de projets MOOC et piloté des actions de formation continue à destination des enseignants. Quels étaient les enjeux ? Pouvez-vous nous décrire un ou deux projets phares ?

J’avais le souhait d’intégrer l’enseignement supérieur. Ce contexte de travail au cœur du savoir et de la formation était pour moi l’accomplissement de mon parcours formation, initié avec l’entreprise TNT, et en cohérence avec mes valeurs personnelles en participant à l’accès à la formation pour tous et à la volonté des pouvoirs publics d’augmenter le niveau d’instruction de la population.

Aujourd’hui, l’enjeu pour les universités est de s’adapter au changement de paradigme concernant l’accès au savoir, on ne va plus seulement dans une salle de cours en présentiel, il y a plusieurs moyens d’accès aux savoirs et à la connaissance avec internet et le numérique. Les universités sont légitimes pour être présentes sur ces créneaux, et le travail qui en découle est de repenser la transmission du savoir à travers les MOOC, la classe inversée, les formations hybrides…. Nous avons donc beaucoup travaillé sur la scénarisation et l’alignement pédagogique pour identifier clairement et faciliter les acquis d’apprentissages à travers la réalisation du scénario pédagogique.

La force des universités est la reconnaissance des diplômes car en finalité, la certification reste un atout majeur encore présent en entreprise. Dans l’avenir, on peut imaginer un développement encore plus important de la valorisation, sur le marché du travail, de son CV ou son portfolio intégrant des compétences certifiées via les formations réalisées en ligne.

Développer les formations sous forme de MOOC était enrichissant de par l’enjeu de diffusion de la culture scientifique et la légitimité des enseignants chercheurs à le faire, et également par la possibilité de rendre accessible le savoir au plus grand nombre.

Une des difficultés rencontrées a été la scénarisation des activités d’apprentissages car il ne s’agit pas seulement de regarder une vidéo ou d’écouter un cours en classe mais plutôt de réfléchir aux scénarios pédagogiques à mettre en place, en cohérence avec les objectifs d’apprentissages jusqu’à l’évaluation. Cette scénarisation peut être pensée en combinant ou non les deux modes de transmissions de savoirs (présentiel/à distance), en plaçant l’apprenant au cœur de cette réflexion.

Pour accompagner les enseignants dans leur projet, j’ai réalisé des ateliers de formations mais également des accompagnements plus personnalisés lors de rendez-vous selon leurs besoins et attentes. Ces ateliers leur permettaient d’identifier l’intérêt de réaliser ou non un MOOC pour leur enseignement mais également de prendre connaissance de l’engagement de travail que ce type de projet nécessite. Ces temps d’échanges avaient aussi l’intérêt de favoriser l’échange de pratiques et d’enrichir leur réflexion.

 

Depuis juillet 2017, vous êtes en charge du découpage en blocs de compétences de l’offre de formation de votre université. Quels sont les objectifs de cette nouvelle mission ? En quoi consiste-t-elle ? Avez-vous déjà obtenu des premiers résultats ?

Depuis quelques mois, je travaille au service formation continue sur le développement de la modularisation de l’offre de formations par blocs de compétence avec comme objectif d’améliorer la lisibilité de l’offre et de favoriser l’insertion professionnelle. En effet, les salariés ou indépendants n’ont pas souvent le temps et l’opportunité de réaliser des formations certifiantes durant un ou deux ans. La modularisation, à travers des blocs de compétences certifiants, peut répondre à cette problématique en permettant l’accès à la certification tout au long de son parcours professionnel.
Il est donc important de repenser l’apprentissage et l’alignement pédagogique pour que cela ne soit pas seulement une vitrine mais véritablement la mise en œuvre d’une ingénierie pédagogique.

L’Université Lyon 1 collabore avec l’Université de Lyon (COMUE) pour s’inscrire dans un objectif d’amélioration de la lisibilité de l’offre de formation des universités. C’est pourquoi nous travaillons avec Éric PEYROL, Vice-Président délégué à la Formation Continue et Tout au Long de la Vie, à la mise en place d’une méthodologie de déploiement au niveau de l’Université afin de faciliter la transformation pédagogique. Le service a dernièrement recruté une chargée de développement qui participera à la commercialisation de l’offre de formation avec l’idée d’être en relation avec le terrain, les entreprises, les anciens diplômés, les branches…

En 2018, dans le cadre du Contrat d’Objectifs et de Moyens entre l’Université Lyon 1 et ses composantes, la modularisation et le développement de l’offre de formation en blocs de compétences sont apparus comme un objectif de développement pour l’Établissement. Cette démarche est nouvelle à l’université et pour le moment nous avons plutôt un bon accueil. Les stades d’avancement ne sont pas tous les mêmes au sein des composantes, c’est pourquoi nous commençons à travailler sur la perception de cette approche et sur la valorisation des premiers résultats afin de déployer la démarche au plus grand nombre.

 

Remerciements

  • Amel CORNY, chargée du développement et de la modularisation de l’offre de formation – Service Formation Continue et Alternance – Université Claude Bernard Lyon 1
  • Nicolas PICARD, responsable du pôle Communication – Service Formation Continue et Alternance – Université Claude Bernard Lyon 1
  • Éric PEYROL, Vice-Président délégué à la Formation Continue et Tout au Long de la Vie – Université Claude Bernard Lyon 1