Diriger une thèse : quel métier !

À l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, nous avons lancé une offre d’accompagnement et de formation des encadrant·es de thèse, dédiée aux écoles doctorales. Dans cet article, je présente notre démarche marketing et communication et les premiers résultats de cette opération.  

Le besoin identifié : les encadrant·es de thèse peuvent se sentir démuni·es

Dans une société et une économie tournées vers la connaissance, le rôle du docteur devient fondamental. Quand on évoque les années de thèse, les clés de réussite, les difficultés rencontrées, les conditions de travail, l’orientation et les débouchés, c’est en général avec le point de vue des doctorant·es. On oublie trop souvent les directrices et directeurs de thèse ainsi que les autres personnes qui participent étroitement à l’encadrement doctoral.

Pourtant, l’encadrement des étudiants pendant leur doctorat joue un rôle important dans la réussite du projet. Diriger une thèse, c’est répondre à divers enjeux :

  • Pluralité des critères de réussite scientifique, professionnelle, humaine…
  • Mixité des profils de doctorant : personnalité, âge, culture, internationalisation, qualités rédactionnelles, capacité de synthèse…
  • Gestion des différentes étapes d’un projet doctoral (recrutement, rédaction, soutenance…) et certaines difficultés (cadrage théorique, terrain de recherche et analyse des données, délais, qualité, perte de confiance, démotivation, problèmes de santé…).
  • Développement des outils numériques et évolution des usages notamment au niveau de l’encadrement d’une thèse.  
  • Multiplication des parties-prenantes : co-direction, partenaires financiers, équipe de recherche…
  • Diversification des carrières des jeunes docteurs : recherche publique, R&D privée, consulting, entreprenariat…

Les encadrant·es peuvent se sentir démuni·es face à ces responsabilités. Elles/Ils doivent mobiliser au quotidien des compétences spécifiques pour accompagner de manière pertinente et efficace leurs étudiant·es : management de proximité, écoute et communication, conduite de projet, gestion du stress…

Une offre co-construite d’accompagnement et de formation

Pour mieux répondre à ces besoins, Dominique Seca, directrice du Centre de bilan de compétences de l’UVSQ, et moi-même avons conçu une offre originale. Nous nous sommes basés sur l’analyse de la littérature existante et sur les résultats d’un atelier de concertation avec 50 encadrant·es de l’Université Paris-Saclay, que nous avons animé en juillet 2018.

L’encadrant est souvent isolé face aux difficultés qu’il rencontre. L’école doctorale peut faciliter les échanges de pratique :

  • atelier d’échanges de pratiques entre encadrants et/ou doctorants,
  • permanences téléphoniques pour des conseils personnalisés,
  • sensibilisation d’encadrants expérimentés volontaires pour partager leur expérience,
  • atelier de définition d’indicateurs de réussite d’une thèse,
  • co-conception de documents ressources sur les rôles des différentes parties prenantes.

En complément, nous proposons de mettre en place des formations courtes pour répondre à certains besoins spécifiques :

  • formation à l’entretien de recrutement,
  • formation au management de proximité et/ou posture de direction de thèse,
  • évaluation des progrès du doctorant,
  • conduite de projets pour les encadrants,
  • accompagnement personnalisé et écoute bienveillante,
  • communication interpersonnelle, gestion des conflits,
  • gestion du stress.

Cette offre est présentée en détail sur notre site web et synthétisée dans une plaquette de 4 pages (format A5), dont voici un extrait.

Première application : des ateliers mensuels de partage d’expériences pour Paris-Saclay

Depuis janvier 2019, nous animons les « cafés CADITHE » pour le Collège Doctoral de l’Université Paris-Saclay, qui regroupe vingt écoles doctorales et compte près de 5000 doctorant·es et autant d’encadrant·es.

L’objectif de ces cafés est de permettre aux encadrantes et encadrants de partager leurs expériences, d’aborder les questions émergentes en lien avec l’encadrement doctoral, d’échanger sur les difficultés rencontrées dans leur mission et de partager les solutions possibles.

Ils se déroulent une fois par mois pendant la pause méridienne, dans un cadre convivial et bienveillant. Le sujet est défini à l’avance : perte de confiance, gestion de conflits, défis de l’internationalisation, recrutement des doctorant·es, transition numérique,  rédaction de la thèse, diversification des carrières des docteurs, financement de la recherche…

Ces ateliers rassemblent entre 5 et 20 personnes, de disciplines variées et avec des expériences diverses. Les échanges sont toujours très riches et les participants sont satisfaits de ce format : « On se sent moins seul face à ces difficultés et cela fait du bien ! », « Cet atelier m’a apporté le partage d’expérience avec les autres encadrants, leur ressenti », « La séance a été très intéressante et les débats bien animés », etc.

Cette expérience de plusieurs mois nous a permis d’identifier plusieurs clés de réussite de tels ateliers :

  • Le choix de la thématique et la préparation de la séance en amont, avec l’équipe dirigeante du Collège Doctoral, afin d’identifier les situations qui posent réellement question et préparer des exemples et des pistes de solution.
  • L’instauration d’un climat de confiance entre les participants, les organisateurs et les animateurs pour faciliter les échanges et favoriser l’émergence de témoignages, souvent forts en émotions.
  • Des actions de communication régulières pour informer les encadrant·es de l’organisation de chaque atelier et de la thématique choisie.  

Une série d’illustrations pour donner envie aux encadrant·es de relayer notre offre  

Pour faire connaître cette offre, nous avons adressé un courrier à une cinquantaine de responsables d’écoles doctorales avec une lettre d’accompagnement, la plaquette de présentation de l’offre et le descriptif des ateliers réalisés pour le Collège doctoral Paris-Saclay. Une relance téléphonique devra être effectuée pour recueillir leurs impressions et éventuellement déboucher sur des propositions concrètes.

Nous souhaitons également nous appuyer sur les encadrant·es pour faire connaître notre offre. Pour cela, nous avons réalisé une série d’illustrations mettant en lumière les situations délicates dans lesquelles ils se trouvent parfois et les compétences qu’ils doivent mobiliser. Avec l’illustratrice Céline Penot, nous avons cherché un ton humoristique mais respectueux, sans jugement de valeur.

Nous espérons que les directrices et directeurs de thèse seront séduits par ces dessins et qu’ils auront envie de les partager sur les réseaux sociaux, de les afficher dans les couloirs de leur labo et de parler de notre offre aux responsables de leur école doctorale. Une dizaine d’illustrations sont prêtes, voici la première. Les autres seront publiées régulièrement.